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Personnes handicapées : quelle place en entreprise ?

Personnes handicapées : quelle place en entreprise ?

vendredi 1 avril 2011

TABLE RONDE :
ERIC BLANCHET, directeur général de l'Adapt (Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapéès);
ARNAUD DEBROCA, secrétaire général de la Fnath (Association des accidentés de la vie)
MARIE-CHRISTINE OGHLY, présidente du  Medef Ile-de-France.

En France, malgré la loi égalité des chances de 2005, le taux de chômage des personnes handicapées reste deux fois supérieur à celui des valides, ce qui vaut à la France d'être régulièrement critiquée par la Commission européenne. Comment Interprétez-vous cet échec? Pourquoi cette particularité française?

ARNAUD DE BROCA: Je ne pense pas que nous soyons à la traîne par rapport aux autres pays européens, il y a, ailleurs, les mêmes difficultés de formation et d'intégration des personnes handicapées dans l'entreprise Je pense qu'en France nous avons un système juridique plutôt avancé par rapport à d'autres pays, ce qui ne veut pas dire que ses effets sont satisfaisants, maîs votre question soulève celle du rôle que doit jouer l'Union européenne sur le sujet II y a quèlques années, une directive sur l'emploi a été adoptée, maîs elle n'est pas transcrite dans un certain nombre de pays, il y a là une solution à trouver Maintenant, concernant l'échec de l'intégration des personnes handicapées en France, c'est vrai qu'il y a une situation préoccupante du chômage des personnes handicapées, qui est liée au niveau de formation des tra- vailleurs handicapés, à la perception par les entreprises du handicap.

MARIE-CHRISTINE OGHLY: À la perception des collaborateurs, souvent

ARNAUD DE BROCA: Oui, le blocage est souvent au niveau de la hiérarchie maîs aussi des collaborateurs, et notamment concernant les personnes accidentées, où se pose la question du retour et du maintien dans l'emploi le collectif de travail peut être réticent, il faut le préparer au retour de la personne

ERIC BLANCHET: On ne peut citer la France comme le mauvais élève européen, simplement, il y a des étapes qui n'ont pas encore été franchies La loi de 2005 est importante car, au-delà de l'emploi, pour la première fois en France, elle a renvoyé une image de citoyenneté à la personne handicapée Maîs que ce soit sur les problématiques d'accessibilité ou d'insertion sociale, qui rejoignent la problématique de l'accès au travail, nous sommes très lom de ce qui est inscrit dans cette loi On se sert souvent de l'argument économique pour se dédouaner, maîs je pense qu' il y a aussi la volonté politique Car stigmatiser l'entreprise comme la seule fautive par rapport au fait que les personnes en situation de handicap ne trouvent pas d'emploi n'est ni juste ni efficace, il y a un regard plus large à avoir sur ce problème.

MARIE-CHRISTINE OGHLY:Depuis quelque temps, les mentalités changent sur les travailleurs en situation de handicap, parce que, malheureusement, beaucoup de familles sont touchées par ces problématiques après des accidents de la vie Le premier problème que l'on rencontre au niveau des entreprises, c'est que 85 % des travailleurs handicapés ont un niveau de formation en dessous du CAP, or compte tenu qu'en France on a une forte désindustrialisation, on a de moins en moins d'emplois peu qualifiés. Il y a donc un vrai problème de formation Ce problème doit être pris en charge à la fois par l'État et par l'entreprise Ensuite, beaucoup de travailleurs handicapés ignorent qu'ils peuvent accéder à certains types de postes, et certains d'entre eux n'acceptent pas de déclarer leur handicap Puis il y a le problème de l'accessibilité en entreprise pour les handicaps lourds, c'est dans les TPE et dans les PME que l'aménagement du poste de travail, des locaux de l'entreprise et de l'emploi est le plus problématique, pour des raisons économiques et de polyvalence des employés

ERIC BLANCHE: Il y a encore des représentations fausses Seulement une personne handicapée sur sept a besoin d'un aménagement de poste, ce n'est donc pas la règle Et les personnes handicapées peuvent aussi être polyvalentes selon les besoins des petites et des moyennes entreprises Maîs effectivement, aujourd'hui, un grand nombre de personnes adultes en situation de handicap, cherchant du travail, ne sont pas qualifiées ou peu diplômées Or, de leur côté, les entreprises ont des besoins de plus en plus pointus On est dans une espèce de discours parallèle qui a du mal à se croiser

ARNAUD DE BROCA: Je veux rebondir sur ce qu'a dit Mme Oghly Si certaines personnes ne déclarent pas leur handicap, c'est parce qu'il y a une forte crainte de discriminations, en termes d'évolution de carrière, une fois le handicap connu en entrepose. La moyenne nationale se situe à 2,9 % de travailleurs handicapés dans les entreprises...

Pourquoi de telles discriminations persistent-elles dans le monde du travail? Que craignent donc les entreprises?
ARNAUD DE BROCA:
La plupart des entreprises embauchent les gens à au moins bac + 2 Or, le niveau de formation des personnel handicapées ne correspond pas du tout II existe aujourd'hui des démarches intéressantes d'entreprises qui se sont mises dans les formations, maîs il s'agit souvent de grands groupes Résoudre les problèmes de la formation initiale et de la formation tout au long de la vie pourrait être une voie pour des travailleurs handicapés, a la fois en termes d'insertion, de maintien dans l'emploi et d'évolution de carrière Puis il faut aussi travailler sur l'image de la personne handicapée que peuvent avoir la direction et les collègues, car on est confronté à une méconnaissance de ce qu'il est possible de faire avec un handicap

ERIC BIANCHET: La démonstration est le meilleur des arguments, et aujourd'hui on voit certaines entreprises qui ont réussi l'intégration des personnes en situation de handicap et qui commencent à pouvoir témoigner de ce que ces personnes leur apportent Actuellement, le grand frein pour les TPE et PME, c'est l'inconnu, on ne sait pas comment accueillir une personne en situation de handicap, on craint qu'elle soit source de difficultés au sein de l'entreprise qui est peut-être déjà en difficulté Ce qui est important, c'est donc l'accompagnement dans le parcours il faut, d'une part, permettre à la personne en situation de handicap de rencontrer l'entreprise et, d'autre part, changer les représentations négatives que peut avoir l'entreprise Ce n'est pas en imposant des textes que ces choses vont changer Ce sont par des systèmes de tutorat de formation, de rencontres qu'on peut transformer ces schémas Laccompagnement est central pour l'accueil et le maintien dans l'emploi Concernant les nouvelles générations, il faut régler le problème de la scolarité. L'éducation nationale, le monde universitaire et les écoles de commerce, qui forment les futurs managers d'entreprise, doivent prendre en compte ces personnes et les faire se rencontrer

MARIE-CHRISTINE OGHLY: C'était bien l'un des problèmes, en termes d'éducation les jeunes en situation de handicap étaient dans des écoles spécialisées donc complètement coupés du monde de l'éducation et du travail Pour les personnes qui sont déjà dans l'entreprise et se retrouvent en situation de handicap après un accident, on pourrait penser qu'elles vont être moins productives qu'avant, ce qui n'est pas le cas parce que la personne qui se retrouve en situation de handicap veut prouver qu'elle est meilleure, donc elle se donne plus et a tendance à avoir de meilleurs résultats qu'une autre Puis, contrairement a ce que l'on imagine, si une personne compétente se retrouve du jour au lendemain dans une situation difficile, l'entreprise n'a aucune envie de s'en séparer, elle l'accompagne

Cela dépend...
MARIE-CHRISTINE OGHLY: Cela dépend des entreprises, des salariés, des personnes handicapées, il y a des gens qui jouent le jeu et d'autres non Maîs la chose la plus difficile pour un chef d'entreprise, c'est de se séparer d'un collaborateur compétent Donc la problématique, de mon point de vue, est plutôt pour ceux qui n'ont aucune formation et ne sont jamais allés dans le monde du travail Dans ce cas, il est du rôle de l'État de les former, car l'entreprise peut proposer des formations à court terme, maîs ne peut pas suppléer à des formations générales

ARNAUD DE BROCA: Nous, nous constatons souvent que lorsqu'il y a un handicap en cours de carrière, cela se traduit généralement par un licenciement pour inaptitude, avec la difficulté de se reconvertir seul et de retrouver un poste Dans une société au sens large, lorsqu'on se retrouve handicapé, on est assez vite exclu de l'entreprise ou de la société Et il est difficile de savoir comment se faire accompagner, car l'un des problèmes aussi, c'est la multitude des acteurs de l'accompagnement et des aides financières ou autres dont peuvent bénéficier les entreprises ou les travailleurs handicapés

Des lois existent, mais elles ne suffisent visiblement pas. Alors quelles mesures devraient être prises pour que les personnes handicapées puissent accéder au marché du travail comme les autres citoyens ?
MARIE-CHRISTINE OGHLY: La loi ne change pas grand-chose, quand on regarde ce quota de 6 % qu'on n'amve pas à atteindre Je croîs qu'il faut éduquer les gens, parler, faire des campagnes de sensibilisation sur le handicap en entreprise, pour supprimer l'idée que la personne handicapée n'est capable de rien Cela permettra d ouvrir un peu plus les PME vers l'emploi des personnes handicapées

ERIC BLANCHET: Aujourd'hui, il faut donner les moyens à la loi de 2005 d'être appliquée D'abord, il serait utile que l'on dresse un constat impartial des objectifs atteints ou non Ensuite, il serait profitable de limiter les acteurs du handicap et de mieux les coordonner pour accompagner les personnes et les entreposes Les maisons départementales du handicap sont nées de la loi, elles étaient et sont toujours censées être le heu d'accueil pour la personne en situation de handicap qui doit y avoir accès à un guichet unique où elle trouve les réponses à ses problèmes Donnons leur les moyens d'exister plutôt que de réinventer d'autres dispositifs Puis travaillons pour le futur Changer les représentations du handicap au sein de la société prendra du temps, maîs pour ce faire, nous devons, dès aujourd'hui, permettre aux jeunes handicapés ct valides de se rencontrer

ARNAUD DE BROCA: Il ne faut pas remettre en cause la loi de 2005 qui comporte des avancées, toutefois, certaines dispositions ne sont pas ou mal appliquées par exemple, les entreprises peuvent soit embaucher directement, soit payer une contribution à l'Agefiph, soit signer des accords sur le handicap ou faire de la sous-traitance, et il y a de plus en plus d'entreprises qui, pour éviter de payer la contribution de l'Agefiph, passent un accord sur l'emploi des travailleurs handicapés dans l'entreprise qui n'est pas de bonne qualité, c'est-à-dire qui ne comporte aucune mesure pour le maintien de l'emploi, nen sur l'embauche des seniors handi- capés, alors que la population active des personnes handicapées est majoritairement composée de seniors Outre la formation dont nous avons parlé, il faut donc aussi s'atteler à ce problème de qualité des accords.

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